Notre vocation écologique

La vocation écologique de Sageterre

 

Sageterrese définit essentiellement par l’adjectif « ÉCOLOGIQUE ».

Dans ce texte un peu aride, notre but consiste à partager notre définition, encore en réflexion, afin de recevoir vos commentaires et ainsi de progresser. Nous ne cherchons pas une définition neutre, indiscutable, valable pour tout le monde, nous cherchons une définition qui puisse clarifier la vocation (la mission) que nous voulons donner à Sageterre (qui deviendra une fiducie foncière agricole d’utilité sociale sur la base de cette défintion).

Notre définition s’inspire de la Charte de la terre de l'UNESCO.

« La Charte de la Terre est une déclaration internationale de valeurs et principes fondamentaux jugée utile par ses partisans pour construire un monde juste, durable et pacifique au xxie siècle. Créée à la suite d'un processus de consultation mondiale, et avalisée par des organisations représentant des millions de personnes, la Charte « vise à susciter chez tous les peuples un sentiment d'interdépendance mondiale et de responsabilité partagée pour le bien-être de la famille humaine, la grande communauté de la vie, et les générations futures » » (Wikipedia)

Pour nous, est ÉCOLOGIQUE une recherche d’actions visant l’amélioration concrète des conditions de vie de toute la communauté du vivant.

·         Recherche d’action, puisque les connaissances en écologie sont en évolution constante et que c’est essentiellement une science qui vise à rendre l’action humaine compatible avec le développement sain de l’environnement physique-biologique-humain. Cet environnement se compose ou devrait se composer d’écosystèmes.

·         Conditions de vie : la vie n’est possible que dans le respect des conditions qui rendent possible non seulement sa durée, mais aussi son évolution, c’est-à-dire sa diversification et sa complexification.

·         Communauté du vivant. Il s’agit bien d’une communauté, c’est-à-dire de l’association interdépendante d’êtres vivants qui coopèrent, concurrencent, travaillent à leur renouvellement (mort, décomposition, recomposition), participent à un équilibre favorable à la durée et à l’évolution.

Écologie, au sens propre, est la science qui étudie :

·         les écosystèmes où vivent, se nourrissent, se reproduisent et meurent les êtres vivants;

·         les rapports d’interdépendance de ces êtres entre eux dans un écosystème qui puise ses ressources dans un milieu (air, eau, roc, terre…) et qui reçoit un flux régulier d’énergie solaire (conditions climatiques).

Écosystème est un milieu qui soutient une communauté d’êtres vivants qui sont interdépendants et tendent à des états d’équilibre et à des états évolutifs de diversification et de complexification. Un écosystème est en santé lorsqu’il est capable d’autorégulation, d’autoréparation, d’adaptabilité. Il y a un seuil critique sous lequell’écosystème s’effondre et perd ses capacités d’autorégulation.

On pourrait dire qu’il y a une sorte de paradoxe entre la durée et la complexité : plus un système est complexe (beaucoup d’éléments qui agissent ensemble comme un tout cohérent qui apparaît simple parce que ses éléments sont fortement interreliés) plus il semble improbable dans l’environnement entropique de la nature. On s’attendrait à ce qu’il se désorganise en très peu de temps. Pour rester organisé, pour durer, il doit renforcer son unité interne par des interrelations plus serrées, développer des mécanismes d’autoréparation, de reproduction et d’adaptation. Parmi les mécanismes d’adaptation, il y a la diversification pour profiter de niches écologiques moins utilisées, et de complexification pour être moins dépendant d’une seule ressource (la complexification vise l’augmentation de l’adaptabilité elle-même).

La nécessité d’adaptation pousse donc la vie à plus de complexité, ce qui exige un niveau d’organisation plus serrée. Bref, la règle prioritaire semble la durée (tenir le temps). La durée demande l’adaptation et l’adaptation apparaît être le moteur de l’évolution (diversification et complexification).

L’entropie est une mesure de désorganisation. Une des lois (théorie thermodynamique) propre à la physique, à la chimie et à la biologie se définit par la tendance à la désorganisation de tout système qui n’est pas nourri régulièrement en chaleur. Si la terre ne recevait pas un flux constant de lumière et de chaleur, tous les niveaux d’organisation retourneraient progressivement ou rapidement (selon la gravité du changement climatique) à des niveaux inférieurs d’organisation. La vie est donc extrêmement dépendante de la stabilité de la température qui doit rester entre -50 et +50  degrés centigrades (pour évoluer), ce qui n’est possible que si certaines conditions atmosphériques et océaniques sont respectées.

Dans ce contexte, qu’est-ce qu’une action écologique?

C’est une action qui cherche à maintenir ou à restaurer un écosystème, à favoriser son évolution (augmenter son adaptabilité par diversification et complexification) et à éviter qu’il ne perde ses capacités d’autorégulation, d’autoréparation et d’évolution.

L’être humain individuellement et collectivement fait partie de l’écosystème Terre. C’est à l’être humain à s’adapter aux conditions de la vie et non l’inverse, ce qui ne signifie pas un retour en arrière, mais au contraire une avancée évolutive, autrement dit, les technologies qui lui apportent plus de facilité et de confort doivent aussi favoriser les écosystèmes, puisque justement, il est plus confortable et plus durable de vivre dans un écosystème que dans une structure morte ou simplement mécanique (qui demande toujours beaucoup d’efforts extérieurs et de dépenses énergétiques).

Deux définitions importantes pour Sageterre en d’écoulent, puisque notre organisation est tournée vers l’agriculture écologique et l’écologie sociale :

·        L’agriculture écologique vise à produire des aliments pour l’être humain et pour les animaux en maintenant et en restaurant les écosystèmes du milieu naturel.

·         Et nous parlons d’écologie sociale lorsque des actions favorisent une organisation des êtres humains fondée sur :

o   la collaboration inclusive de tous et

o   l’équilibre et l’évolution des écosystèmes sur lesquels repose la vie humaine.

L’être humain doit être pris dans son acceptation globale comprenant ses capacités physiques, politiques, pratiques, économiques, artistiques, scientifiques, philosophiques et spirituelles.

En effet, si une dimension de l’être humain est déconsidérée, l’être humain perd rapidement le goût de vivre, il peut même chercher à se fuir lui-même dans des actes destructeurs pour l’environnement. Il faut donc lutter contre une vision de l’écologie qui serait simplement scientiste et matérialiste, car alors l’être humain risque de devenir collectivement suicidaire, et saper son environnement. D’un autre côté, il faut éviter les idéologies, qu’elles soient religieuses ou laïques, puisque le propre d’une idéologie est de réduire radicalement les capacités d’adaptation de l’être humain et donc, de le rendre inapte à l’écologie.

Dans le cadre de l’écologie, on parle de science pour signifier l’activité de recherche des connaissances permettant de mieux comprendre le fonctionnement des êtres vivants et des écosystèmes. Le principe de précaution est de mise, parce que l’épistémologie scientifique est encore fortement tributaire d’une vision mécaniste du réel plutôt qu’à une vision organiciste propre au vivant. Ses méthodes sont donc foncièrement réductrices. Ce n’est pas parce que nous ne pouvons pas prouver une conséquence négative à une initiative technique qu’il n’y a pas d’effets globaux possiblement néfastes sur le système vivant puisque justement l’écologie n’est pas un ensemble de mécanismes, mais une organisation d’organismes. Dans le vivant, une intervention locale, même limitée, engendre presque toujours des effets d’ensemble. La science nous aide à repérer des erreurs dans nos pratiques (économiques ou autres) et à nous faire évoluer dans nos connaissances sur le fonctionnement du monde.

L’épistémologieest l’étude critique des sciences, destinée à déterminer leur valeur et leur portée. La science n’est pas définie une fois pour toutes. Son épistémologie est évolutive. Elle traverse parfois des crises. L’épistémologie classique, par exemple, est une adaptation à une culture qui venait de découvrir ce qu’est un mécanisme. C’est une épistémologie adaptée à l’ère industrielle. Elle est très efficace pour étudier des mécanismes (systèmes déterminés qui se répètent dans le temps et qui sont prévisibles), mais elle n’est pas adaptée à l’étude de systèmes vivants qui modifient leur dynamique interne et relationnelle de façon imprévisible en vue d’adaptations souvent surprenantes.

Un mécanisme est une chaîne ou un réseau de chaînes de cause à effet qui se répète et ne forme pas une totalité capable de s’adapter à l’ensemble de l’environnement. Un mécanisme peut être simplifié dans un programme fermé, dit autrement, il est aveugle à des changements pour lesquels il n’a pas été programmé, il est inapte à l’imprévisible.

Une idéologie est un système de pensée qui se maintient dans le temps en se rendant aveugle à la réalité. Le propre d’une idéologie consiste à se tenir invulnérable à la pensée critique en utilisant des propositions invérifiables ni par la méthode scientifique, ni par l’expérience humaine artistique, philosophique ou pratique.  

La philosophie est la recherche d’une pensée cohérente et congruente (cohérence entre la pensée et l’action) qui vise à comprendre le sens de l’existence de l’être humain et du milieu dans lequel il vit. La philosophie n’est pas une science, elle n’utilise pas une épistémologie scientifique (quoiqu’elle peut s’en servir accessoirement), elle recherche une intelligibilité qui s’adresse au sens de l’existence. Elle n’avance donc pas des « négations prouvées » comme le fait la science qui aboutit à des preuves que telle ou telle proposition est fausse (jamais à prouver qu’elle est vraie). La philosophie propose des routes de pensée qui sont probables et éclairantes. La philosophie est aussi critique, elle dénonce les idéologies, entre autres le scientisme (idéologie qui affirme que seule la science peut affirmer des vérités).

La science et la philosophie ne suffisent pas. L’être humain est obligé de développer des pratiques. Une pratique est un ensemble de connaissances venant de l’expérience (mais non encore prouvées fausses) visant à résoudre des problèmes concrets sans pouvoir attendre que la science découvre des liens de causes à effets. La médecine est encore fortement une pratique, le travail social est essentiellement une pratique, l’agriculture aussi.  Les pratiques sont légitimes dans la mesure où elles se remettent en question par l’expérience globale concrète (leur propre est de ne pas pouvoir isoler des variables). La science aide fortement à l’évolution des pratiques, c’est pourquoi les pratiques ont tant besoin de se nourrir de la science, même si elles ne sont pas des sciences elles-mêmes, mais des démarches empiriques.

L’économie est une pratique qui vise à bien administrer (servir l’équilibre) les ressources, le travail, les échanges, de façon à former un système durable, donc capable de s’ajuster, de s’adapter aux conséquences de l’action humaine de production et de consommation, et de favoriser les écosystèmes puisque la santé économique ne peut se perpétuer sans la santé des écosystèmes. L’économie est donc ce qui pousse un système économique qui a toujours tendance à se mécaniser, à rester accrochée à l’environnement humain et biologique.

La politique (le politique dirait le philosophe) est la pratique de la canalisation et de l’orientation de la pensée collective au service du bien commun (comprenant de développement de l’être humain et de son environnement biophysique).   

Les arts sont aussi une voie pour avancer vers un « vivre en vérité ». Il s’agit d’extérioriser des états intérieurs dans une démarche authentique (et non de simple séduction par esthétisme ou par refus d’esthétisme, par complaisance aux modes de l’époque, ou aux préjugés d’une culture). Cette extériorisation accompagne le cheminement global de l’être humain vers plus de lucidité ou plus d’épanouissement (ou les deux).  

Spirituel fait appel à la conscience dans sa capacité à percevoir la différence entre la petitesse de nos connaissances et la grandeur de la réalité. Dans la vie spirituelle, l’inconnu n’est ni réduit au connu, ni réduit au néant, ni réduit à l’inconnaissable, il fait partie intégrante de l’expérience de l’être humain.

L’écologie ne peut pas exclure l’être humain de sa démarche puisqu’il est un être vivant, et elle ne peut pas non plus exclure une dimension de l’être humain, puisqu’il est tout entier dans la nature.

 

Jean Bédard